13|01
2009

Séance solennelle sur le 10ième anniversaire de l’euro

En ce temps d’incertitudes il est important de pouvoir compter sur une valeur sûre, l’Euro.  Comme j’ai pu occuper dans la période préparatoire à la future monnaie commune un petit strapontin au Conseil Ecofin, je puis témoigner des doutes des uns et des autres et de la  valsehésitation des Etats membres, qui finalement firent de l’Eurogroupe une coopération  renforcée avant la lettre.

D’ailleurs les deux plus belles réalisations de l’Europe sont nées de la volonté de quelques Etats d’aller de l’avant en matière d’intégration palpable par tous nos concitoyens.

Je parle du Traité de Schengen et de la libre circulation des Européens, qui fut mise en marche
grâce à l’initiative de 5 Etats: la France de Mitterand et l’Allemagne de Kohl, ainsi que les pays du Benelux. Aujourd’hui la Suisse a rejoint l’espace Schengen, mais les Britanniques et les Irlandais boudent toujours cette Europe des citoyens.

Mitterand et Kohl furent également les géniteurs politiques de l’Euro, même si cette victoire
monétaire a beaucoup de pères, à commencer par Jacques Delors.

La première leçon que j’aimerais en tirer, est que tous ceux qui veulent une meilleure Europe, ne
doivent pas craindre l’action intergouvernementale, surtout s’il y a coalition d’Etats pour une
cause aidant réellement à faire avancer l’Europe. Le Traité de Prum, permettant de lutter contre la grande criminalité, est un tel exemple de coopération renforcée positive pour l’Europe.

A un moment où le traité constitutionnel est enterré suite au “Non” d’une étrange coalition de forces politiques françaises, mais également néerlandaises, à un moment où le pavé indigeste qu’on appelle le mini-traité de Lisbonne reste bloqué en Irlande et peut-être en République Tchèque, il faudrait prouver la marche européenne en marchant sur le vaste plateau des coopérations renforcées.

En tout cas l’attractivité de l’Euro reste entière. Après la Slovénie, la Slovaquie vient de nous rejoindre. D’autres se morfondent de ne pas pouvoir profiter davantage du bouclier protecteur de
l’Euro. Même en Grande-Bretagne des voix se lèvent pour mettre en doute la “splendid isolation” du Royaume Uni face à la dégringolade de la Livre, qui de monnaie de réserve du monde est descendue en moins d’un siècle au statut d’une devise quelconque.

L’Euro, grâce à l’action conséquente de Wim Duisenberg, de Jean-Claude Trichet et de leurs pairs, est devenu en dix ans la deuxième monnaie de réserve du monde. Bien sûr, dans les transactions internationales le Roi dollar reste prédominant, et constitue toujours une valeur de refuge.

Mais les dettes abyssales accumulées par les Etats Unis pour faire financer leur train de vie par le reste du monde, sèmeront de plus en plus de doutes sur la capacité de la première puissance économique d’honorer ses engagements. En fait le monde financier s’oriente vers un duopole “dollar-euro”. Tout duopole monétaire subit périodiquement des ajustements de parité souvent brutaux.

Or, en ce temps de récession généralisé, le monde a besoin de stabilité, de certitudes nouvelles. L’Euro sera un élément central de cette stabilité nouvelle. La BCE a fait ce qu’il fallait faire face à la crise financière internationale “made in USA”. Comme l’a dit Jacques Delors, l’Euro est le bouclier de toute l’Europe, mais jusqu’ici l’Euro n’a pas assez dynamisé l’économie européenne.

La BCE n’a en charge que la politique monétaire. La Commission n’est en fin de compte qu’un consultant de luxe, faisant des propositions généralement utiles. Les vrais acteurs de la politique
économique restent les Etats, mais qui marchent en ordre dispersé.

Alors qu’une coordination effective de la force économique additionnée des 27 Etats pourrait faire des miracles, l’Eurogroupe, malgré les efforts louables de Jean-Claude Juncker, ne reste qu’un club de discussions informelles. J’ai pu vivre au printemps 1999 à l’Eurogroupe la tentative de quelques Ministres des Finances, les Lafontaine, Strauss-Kahn, Ciampi et quelques autres, d’engager une concertation économique et monétaire entre l’Union Européenne et la Banque Centrale. La réponse de Wim Duisenberg fut cinglante: “Il n’y aura jamais de coordination exante avec la Banque Centrale. Vous allez toujours devoir réagir ex-poste à nos décisions.”

La cause est entendue. La BCE est et restera indépendante dans la conduite de la politique monétaire. Mais l’indépendance n’interdit pas le dialogue constructif entre des institutions ayant en charge la défense des intérêts et la destiné commune de 500 millions d’Européens. Rien n’empêche les Etats de mieux s’organiser en matière de coordination réelle de leurs politiques économiques, que ce soit à l’intérieur de l’Union, mais surtout dans la représentation extérieure de l’Europe, comme vient de le conclure si sagement Jean-Claude Juncker.

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