27|05
2010

L’Euro, l’Europe et le Nouveau Monde

La crise monétaire autour de la Grèce n’est qu’un des symptômes d’une crise plus générale de l’Europe. Pour ne pas être mécompris: Je suis et reste un partisan d’une plus grande intégration des Etats de l’Union. L’Union européenne est une “communauté de destin”. Il n’y a pas d’alternative à un renforcement de la construction européenne.

L’Europe des 27, c’est une entité de 500 millions de personnes, dans un monde 6,8 milliards d’êtres humains. Vers 2050 le Monde connaîtra une population de 8 milliards. L’Europe des 27 sera dans 40 ans toujours autour de 500 millions d’habitants, à condition de nous ouvrir à l’immigration.

En d’autres mots: L’Europe ne jouera dans les années à venir qu’un rôle dans les relations internationales que si elle reste unie, que si elle reste solidaire.

Mais ces dernières années, l’U.E. s’est engagée sur des chemins tortueux. Le Traité de Maastricht fut à la fois un tournant historique et une occasion manquée. L’Europe a jeté à Maastricht les fondements d’une Union Economique et Monétaire, qui a abouti à la création – réussie – de l’Euro, mais qui a négligé la création en parallèle d’une Union Economique. Nous avons eu l’U.E.M. sans “E”.

 Je m’explique: L’Europe dispose d’une politique monétaire commune, qui, même si elle n’englobe pour le moment que 16 pays des 27, façonne toutes les autres politiques de l’Union. Mais l’Union Economique fait toujours défaut. Il y a 27 politiques économiques, décidées au niveau national, sans réelle coordination de ces politiques économiques.

On m’objectera que l’Europe dispose d’un marché intérieur et d’une avalanche de directives européennes réglementant pratiquement tous les aspects de la vie économique. Néanmoins, un marché, aussi parfait soit-il, ne crée pas automatiquement un développement équilibré dans tous les pays et dans toutes les régions d’Europe.

Au départ, on trouve des pays européens qui sont plus puissants et plus développés que d’autres. Les principaux bénéficiaires du marché unique sont les Allemands, suivi des Hollandais.

D’autres pays, comme la Grèce, accusent une balance commerciale négative avec pratiquement tous les pays européens. La Grèce n’a jamais connu une base industrielle importante. Elle vend quelques services maritimes, des services touristiques, des olives, du Feta et du vin. Même si la Grèce était plus compétitive, elle resterait néanmoins économiquement pauvre.

Pour permettre à l’Europe de se développer d’une façon plus harmonieuse, il faudrait définir une politique macroéconomique commune (ce qui implique une gouvernance économique plus solidaire, y compris une présentation des propositions budgétaires nationales à Bruxelles avant leur adoption souveraine par les parlements nationaux). Toutefois une politique économique sans moyens restera vouée à l’échec.

Or, l’Europe ne s’est jamais donné les moyens de ses ambitions. Le budget de l’U.E. est une misère. Moins d’un point de pourcentage du P.I.B. commun, ce qui ne permettra jamais d’épauler les pays et les régions en retard de développement d’une façon suffisante et d’investir par exemple dans des infrastructures au service de toute l’économie européenne, comme par exemples les célèbres réseaux transeuropéens, dont l’état d’avancement est inversement proportionnel au nombre de discours pompeux qui y sont consacrés.

Pour illustrer mon propos, jetons un regard aux Etats-Unis d’Amérique. Ce pays dispose d’une politique monétaire et d’une seule devise – le dollar -, d’une politique macroéconomique commune, décidé à Washington (même si chacun des 50 Etats de l’Union ont la charge de définir dans ce cadre macroéconomique commun une politique microéconomique adéquate aux besoins locaux).

Aux Etats-Unis certains Etats sont plus riches que d’autres. Certains sont plus compétitifs que d’autres. Certains connaissent plus d’inflation, et certains Etats ont des dettes plus importantes que les autres. Pour le moment une douzaine d’Etats de l’Union américaine n’arrivent pas à avoir un budget en équilibre. Le déficit public de la Californie tourne autour de 25% des besoins budgétaires, celui d’Illinois équivaut à 50% du budget de l’Etat. Cela ne fait pas vaciller le dollar, même si par exemple les dettes de la Californie dépassent en valeur absolue celles de la Grèce.

Ce qui assure la cohésion des Etats de l’Union américaine est un budget fédéral qui redistribue plus de 30% du PIB américain (alors que le budget de l’Europe redistribue 1%).

Comme en Europe, l’Etat fédéral ne payera pas pour les dettes de la Californie, de la Floride ou de l’Illinois. Mais les transferts fédéraux permettent le développement d’infrastructures communes ou encore le financement d’organismes nationaux, qui font vivre des régions entières. (Par exemple les installations de la NASA en Florida ou à Houston au Texas.)

L’Europe souffre de ses déficiences institutionnelles. Le récent Traité de Lisbonne reste en deçà des espérances initiales. L’Union Economique et Monétaire reste amputée de son socle économique. Le pacte de stabilité et de croissance se focalise sur la seule stabilité et reste muet sur la croissance.

Le marché intérieur, qui selon le bon mot de Mario Monti, devrait “être un bon serviteur, pas un mauvais maître”, n’arrive pas créer la croissance espérée. Les européens se perdent en débats dogmatiques et cultivent leurs peurs: Peurs du soi-disant changement climatique, peur des biotechnologies, des nanotechnologies, de l’énergie nucléaire, de la chimie. Peur des champs électromagnétiques. Peur des pandémies imaginaires, des vaches folles, des poulets aux dioxines, de la peste porcine.

Le principe de précaution est devenu une incitation à ne plus rien faire. Pendant ce temps le reste du Monde, et surtout le monde asiatique progresse. Quand on voit de près ce qui se passe dans les pays émergents du Brésil à l’Inde, et surtout en Chine, on est obligé de se demander si les Européens frileux ne sont pas en train de se préparer à jouer la fin de ce siècle en dernière division. 

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