Robert Goebbels – Interview

 

Entretien

InterviewPourquoi êtes-vous entré en politique ?

La chose publique m’a intéressée depuis ma jeunesse. A 15 ans, au Lycée, j’ai édité un journal pour traiter certains sujets d’actualité de l’époque, comme p.ex. une trop grande mainmise de l’église catholique sur l’école. Par la suite je suis entré au « Clan des Jeunes », c’est –à-dire la section lycéenne de l’Assoss, qui était à l’époque l’organisation représentative des étudiants de gauche. Mon goût pour l’écriture m’amena à devenir le « rédacteur en chef » de la « Tribune du clan des jeunes » (Le canard des écoliers) qui luttait entre autres pour l’abolition du service militaire obligatoire.

Pourquoi êtes-vous entré au Parti socialiste ?

Ce fut un choix tout naturel, car j’estime que le socialisme démocratique, malgré ses imperfections et parfois ses contradictions, reste la seule force politique de gauche capable d’améliorer le fonctionnement de la société, notamment au bénéfice des plus humbles.

Y a-t-il une politique européenne socialiste ?

Oui et non. Oui, parce que tous les partis socialistes et sociaux-démocrates partagent des valeurs communes et ont comme objectif de défendre les intérêts de toutes celles et de tous ceux qui vivent de leur travail. Socialisme rime avec solidarité, qui doit être le maître-mot dans les relations humaines. Non, parce que les analyses des différents partis socialistes et sociaux-démocrates ne convergent pas toujours au niveau européen ou alors sur base d’un petit dénominateur commun, car les expériences nationales tout comme les intérêts nationaux sont parfois divergents.

Comment voyez-vous l’avenir de l’Europe ?

Pour tout avenir prévisible, l’Union européenne ne deviendra pas les Etats-Unis d’Europe. Elle restera une addition d’Etats nationaux défendant parfois des intérêts divergents et voulant conserver une identité nationale et parfois même des identités régionales. Mais dans un monde globalisé, les Etats européens ne pourront peser dans les débats des Nations qu’en réunissant leurs forces. Même des Etats comme l’Allemagne, la France ou la Grande-Bretagne pèsent peu face aux Américains, Chinois, Indiens et autres Japonais. En tant qu’entité, l’Union européenne est actuellement la première force économique du monde. Nous sommes ensemble le premier exportateur et le premier importateur. Nous sommes le premier pourvoyeur de fonds pour les pays en développement. L’Europe est forte quand elle est solidaire. L’histoire de la construction européenne nous a montré que l’intégration ne progresse que par à-coups et équivaut à un réel travail de Sisyphe. Comme il n’y a pas d’alternative à la construction européenne, il faudra continuer à lutter pour plus de solidarités actives, ce qui signifie que l’Union ne peut pas rester un club fermé, mais doit rester ouverte à d’autres adhésions.

En tant que député européen, vous êtes souvent en déplacement. Comment peut-on concilier vie politique et vie familiale ?

Toute vie consiste à faire des choix. En m’engageant dans la politique active, je savais que je serai amené à faire la part des choses entre ma vie publique et ma vie privée. Je suis beaucoup en déplacement et donc absent de mon foyer conjugal, mais j’essaye d’être intensément présent auprès de mon épouse et de mes enfants quand je suis à Luxembourg.

Comment voyez-vous l’avenir du Luxembourg dans l’Union européenne ?

La prospérité actuelle du Luxembourg est une résultante de l’intégration de notre pays dans des marchés toujours plus grands. Sans la CECA et l’Europe nous n’aurions plus de sidérurgie, et partant aucune voix au chapitre des nations européenne. Sans l’Union européenne, notre place financière se limiterait à deux ou trois établissements bancaires pépères. Sans le marché intérieur notre secteur industriel se limiterait à une poignée d’acteurs dans des domaines peu compétitifs. En bref notre « développement durable » se serait fait dans la pauvreté. En tant que pays fondateur, notre voix spécifique a bien évidemment été diluée suite aux différents élargissements de l’Union européenne. Si nous avions néanmoins pu influer sur le cours de l’histoire européenne, ce ne fut non seulement grâce au talent d’hommes politiques comme Pierre Werner, Gaston Thorn, Jacques Santer, Jacques Poos, Jean-Claude Juncker et Jean Asselborn, mais également grâce à beaucoup de fonctionnaires, de syndicalistes et d’acteurs économiques, qui à un moment ou un autre ont pu jouer en Europe un rôle de conciliation et d’impulsion. J’espère que les nouvelles générations vont faire preuve du même engagement, car pour un pays comme le nôtre il n’y a pas de salut en-dehors de l’aventure européenne.

Avez-vous encore le temps de lire ?

Bien-sûr. Lire et écrire sont pour moi des besoins psychiques et physiques.

Quel est votre livre de chevet ?

J’en ai des dizaines et des dizaines. Je lis d’une façon très éclectique : en alternant romans, livre sur l’histoire ou les sciences, ainsi que toutes sortes de rapports. Lire a toujours été la base de ma vie professionnelle de journaliste, de ministre et de député.

Beaucoup de citoyens pensent que les élargissements succesifs de l’Union européenne auront des répercussions négatives sur le marché de l’emploi au Luxembourg. Qu’en pensez-vous ?

Je pense qu’ils se trompent. Le Luxembourg est un pays offrant un haut niveau de vie à ses habitants parce qu’il est toujours resté ouvert. Que serait notre pays sans les investissements étrangers, sans les travailleurs immigrés italiens, portugais et cap-verdiens ? Comment pourrait-il produire autant de richesses sans l’apport des frontaliers français, belges et allemands ? Depuis l’élargissement à 25 puis à 27, notre pays n’a nullement été submergé par les hordes hongroises ou roumaines. J’ai même parfois l’impression que nous manquons cruellement de plombiers polonais.

Beaucoup de gens rendent l’euro responsable de l’augmentation du coût de la vie…

S’il est vrai que le passage à l’euro a suscité une flambée initiale des prix de quelque 0,8 points de pourcentage, suite à des « arrondissements » pour certains produits de consommation très en vue, il est non moins vrai que depuis l’établissement de l’Euro, l’Union européenne a connu moins d’inflation que p.ex. la Grande-Bretagne ou les Etats-Unis d’Amérique. Notre pays a pleinement profité de la concurrence plus active et de la transparence accrue dans l’eurozone, même si l’inflation sous-jacente est restée forte à Luxembourg. Mais l’Euro nous a protégés des turbulences monétaires que nous aurions très certainement vécu après les attentats du 11 septembre 2001, après la guerre en Afghanistan ou en Irak ou encore lors de la récente crise des sub-prime, si on avait encore le franc.

Qu’emmèneriez-vous sur une île déserte ?

Mon épouse, ma bibliothèque et mes ustensiles de cuisine.

Quel est votre plat favori ?

J’en ai malheureusement beaucoup, ce qui se voit à mon aspect physique.

Quelle est votre musique préférée ?

La chanson française, de Jacques Brel à Léo Ferré, de Bénabar à tous ceux qui ont des choses intéressantes à dire. Mais il m’arrive également d’écouter Bach, Mozart et Beethoven ; surtout des concertos avec beaucoup de fortissimo.

Qu’est-ce qui vous énerve ?

Les gens qui parlent sans rien dire et qui changent d’opinion avec la première brise.

En quoi croyez-vous ?

En l’amitié et la solidarité.

Lire la biographie de Robert Goebbels.

Print

Copyright © 2003-2012 Délégation Luxembourgeoise du Groupe de l'alliance progressiste des Socialistes & Démocrates au Parlement européen
Photos: Photo Parlement européen et Robert Goebbels