Le 2 janvier 2008 Richard Arens, courtier au NYMEX, offrit 100.000 dollars pour un lot de 1.000 barils de pétrole. Pour la première fois le prix du baril atteignait 100 dollars. Pour cette transaction, le courtier a avancé 5.000 dollars. Il a de suite revendu son lot, acceptant une perte de quelques 800 dollars. Perte légère qu’il a dignement fêtée avec ses collègues pour avoir franchi en premier la barrière psychologique des 100 dollars pour un baril de pétrole. Dans les mois qui suivirent, les traders de New York ont souvent fêté des records. Le 4 juillet le prix du baril atteignit 148 dollars. Même si le prix du pétrole est actuellement sur le reflux, le mal est fait. La flambée du pétrole fut accompagnée par une orgie de spéculation sur pratiquement toutes les matières premières, y compris sur les denrées alimentaires.
L’économie mondiale ne pourra pas se passer des marchés. Mais il est inacceptable que le monde de la finance organise des paris fous dignes des jeux de casino. Avec un levier de seulement 5.000 dollars, le trader de New York a pu mettre en marche une vague spéculative sur le pétrole qui laisse des traces sanglantes dans l’économie mondiale. Les autorités boursières viennent de mettre enfin un petit frein à la spéculation pure en interdisant la vente à la baisse d’actions non détenues par les traders – le “naked short selling” -.
Pour endiguer ce genre de spéculations malsaines, il faudra imposer aux marchés des règles encore plus strictes. Il faut exiger une couverture plus conséquente des “paris ” engagés par les spéculateurs. Le sénat américain discute actuellement d’une proposition visant à augmenter la mise réelle des traders pour chaque opération à un minimum de 25%, ce qui éviterait beaucoup de paris hasardeux sur base de “peanuts”.
Ces dernières années les fonds investis sur le seul marché américain des matières premières ont augmenté de 13 milliards fin 2004 à 317 milliards de dollars fin juillet 2008. L’indice portant sur les prix des 25 principales matières premières a ainsi augmenté de plus de 200%.
La fixation des prix n’est plus déterminée par l’offre physique et la demande effective des matières
premières, mais par les mécanismes spéculatifs des marchés financiers. Les 6 premiers mois de l’année, 60% des opérations sur le marché américain du pétrole portaient sur du pétrole virtuel, vendu et revendu à répétition. Les bourses ne servent plus à ajuster le jeu complexe entre l’offre disponible et la demande réelle, mais font des paris sur des produits financiers dont la complexité échappe même aux dirigeants des entreprises financières. Ce qui compte pour les traders et leurs chefs, c’est le bonus. Tous les “golden boys” du casino global ont empoché des millions, tout en perdant des milliards de leurs clients, détruisantainsi l’épargne confiée aux investisseurs dit institutionnels. Les bénéfices étant encaissés, les pertes sont maintenant nationalisées. Les contribuables américains vont devoir assumer plus de mille milliards de dollars afin d’éponger les crédits pourris de la finance internationale. C’est l’équivalent de 7 budgets de l’Union européenne. Egalement pour les Européens, le pouvoir d’achat est en baisse, le crédit est devenu plus cher, la récession guette.
La Commission, les Gouvernements de l’Union se sont toujours refusés à trop réglementer des marchés financiers réputés efficaces. Mais avec la déconfiture totale des génies financiers, les pouvoirs publics doivent imposer d’urgence des règles plus strictes, des freins efficaces contre la spéculation folle sur tous les marchés.
Tags: Economie, Energie, Finances
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